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Read W.I.N 2005 Plenary Speaker, Victoria Petrova's interview in Le Temps, Suisse

Victoria Petrova, pionnière des ressources humaines dans l'empire de l'aluminium.

RussieRencontre avec la directrice des ressources humaines de Rusal, le 3e producteur mondial d'aluminium, le leader en Russie. Une société de 50000 collaborateurs, qu'elle a convertie à la gestion à la performance et par objectifs.

Victoria Petrova a 39 ans. Elle est russe et médecin de formation. Mais au début des années90, après deux ans de pratique comme cardiologue, elle change de métier pour pouvoir faire vivre sa famille: «J'aurais continué à gagner 7 dollars par mois, ce n'était pas possible», raconte-t-elle.

Elle est engagée en 1992 comme secrétaire et traductrice dans les bureaux moscovites de la compagnie américaine Halliburton. Puis, elle travaille pour Belcom et, de 1996 à 2001, pour la société pharmaceutique Bristol-Myers Squibb, plus proche de son domaine de prédilection, la médecine. C'est là qu'elle découvre les ressources humaines (RH), commence à développer ses compétences dans ce domaine et sent naître une passion. Elle suit alors des formations complémentaires en management des RH, en Russie, en Belgique et à l'INSEAD, en France.

En 2001, elle est engagée comme directrice des ressources humaines (DRH) de Rusal, le plus important producteur d'aluminium de Russie, le 3e au niveau mondial. C'est une fonction entièrement nouvelle, à créer de toutes pièces. Rusal, fondée en 2000, emploie près de 50000 personnes, dont 36% de femmes.

Victoria Petrova a participé la semaine dernière, à Genève, au Forum WIN (Women's International Networking), ce haut lieu de rencontre et d'échange des femmes dirigeantes (lire LT du 8 octobre 2005). Entretien.

Le Temps: Comment êtes-vous entrée chez Rusal?

Victoria Petrova: J'ai reçu un coup de téléphone! Un dirigeant de l'entreprise m'a dit: «On a entendu parler de vous, on aimerait vous proposer un poste!» Cela représentait un gros changement pour moi de travailler dans une gigantesque entreprise industrielle. Je n'avais alors travaillé que dans de petites structures, les bureaux de multinationales qui avaient développé des activités peu étendues en Russie. Rusal, en 2001, avait 75000 employés, en Russie, en Ukraine, en Sibérie notamment. Il y avait un management jeune, ambitieux, qui voulait faire bouger les choses; cela m'a plu.

– La gestion des ressources humaines s'est-elle développée en Russie?
Très peu. Lorsque j'ai commencé dans ce métier, le management des RH n'existait pas et la profession de DRH non plus. L'institut où je me suis formée est l'un des premiers à offrir cela. Maintenant, la gestion des ressources humaines commence à progresser dans certaines très grandes compagnies. Sous le régime soviétique, la gestion du personnel était strictement administrative: elle s'occupait des salaires, par exemple. Mais il n'y avait évidemment aucune politique en matière de recrutement, de formation, de performance, de diversité, etc. A l'époque, il était interdit de ne pas travailler. Alors tout le monde essayait de faire engager ses proches par son employeur, indépendamment des compétences des gens. Les sites de production employaient le plus de personnel possible, bien plus qu'ils en avaient besoin, et beaucoup de gens n'étaient pas productifs.

– Quelles ont été les premières mesures que vous avez prises?
A l'époque, les employés n'avaient ni objectifs clairs, ni responsabilités, ni obligations de résultat. On ne savait pas le matin qui venait travailler et qui était absent, on ne savait même pas exactement qui travaillait pour nous et qui faisait quoi. Il a fallu changer totalement les mentalités et les attitudes pour introduire une gestion par objectifs, basée sur la performance; pour apprendre aux employés à mesurer les résultats. Seulement, en russe le mot «performance» n'existe pas. J'ai commencé par expliquer longuement ce que cela signifiait en terme de management, puis j'ai complètement changé le système en fixant des objectifs (quantitatifs, qualitatifs, en terme de sécurité, etc.) aux employés et j'ai formé les gens qui doivent établir ces objectifs puis évaluer les collaborateurs. Au départ, j'ai mis une année à convaincre le top management que l'entreprise avait besoin d'un programme de gestion par la performance; la direction craignait les résistances. Cela a été dur, mais passionnant.

– Et comment avez-vous fait pour convaincre les employés?
Par des incitations salariales. Les gens sont motivés lorsqu'ils peuvent gagner plus d'argent.

– Vous misez auss i sur la formation?
Nous voulons développer les compétences professionnelles des employés et cela commence par leur apprendre à travailler plus efficacement. Je leur explique qu'il ne s'agit pas de travailler plus, mais mieux.

– Vous vous êtes séparée de milliers de collaborateurs...
Pour atteindre nos objectifs, qui sont ambitieux en terme de développement de l'entreprise, d'efficacité et de croissance, nous avons établi une stratégie. Nous nous sommes concentrés sur nos activités principales. Nous avons vendu des jardins d'enfants, des écoles, des fermes, des hôtels, des activités qui n'avaient rien à voir avec l'aluminium. Nous avons aussi redimentionné les effectifs et licencié, car nous avions beaucoup trop de personnel. Nous sommes passés de 65000 à 47000 personnes, avec 12 000 licenciements et beaucoup de retraites anticipées.

– Comment réussissez-vous à motiver ceux qui restent et qui entendent un discours inédit sur la performance?
Nous payons de bons salaires, meilleurs que ceux de la branche, nous offrons des possibilités de formation et de développement, des possibilités de faire carrière, nous avons beaucoup amélioré les conditions de travail et de sécurité dans les usines. Les sites de production étaient dans un état lamentable, tout était délabré, les fenêtres n'avaient plus de vitres. Nous avons tout reconstruit et modernisé. Nous voulons être un employeur de choix sur le marché du travail russe.

– Et au niveau du management?
Nous avons créé un système que j'appelle la «Golden Reserve». Nous sélec ti onnons, à l'interne, de jeunes gens ambitieux qui veulent assumer des responsabilités, qui comprennent notre stratégie et nous les formons à la gestion et au leadership. Lorsque nous avons lancé ce projet, la direction craignait d'énormes résistances. Nous attendions 300 réponses, nous en avons reçu 700.

– Avez-vous votre propre centre de formation?
Oui. Et nous av o ns aussi développé les premiers programmes de e-learning en russe: c'est ce qu'il existe de moins cher et de plus pratique pour former des milliers de personnes. A l'époque, les fabricants étrangers ne trouvaient pas que le marché était assez intéressant pour faire traduire en russe les logiciels de formation. Or les ouvriers et les employés de nos sites de production ne parlent évidemment pas anglais. Nous avons fini par tout faire nous-mêmes, nous avons aujourd'hui 110 cours en ligne.

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